Nikos Poutsiakas: Greek-Turkish friendship, the only prospect of peace in the Mediterranean

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L’amitié Gréco-Turque, seule perspective de paix en Méditerranée

«Si tu ne veux pas de guerre prépare-toi pour la paix»

Nikos Poutsiakas *

Parvenir à un résultat positif dans un processus de paix exige de la retenue et des compromis de toutes les parties concernées. C’est pourquoi nous ne pouvons que nous réjouir de la récente reprise des discussions entre la Grèce et la Turquie, dont les rapports s’étaient considérablement dégradés, suite à une période de tensions relativement longue et inquiétante, avec des incursions répétées de la flotte turque dans la mer Egée et en retour des Grecs qui exigeaient des sanctions de la part de l’Europe.

Dans ce contexte, il est nécessaire d’isoler les voix extrémistes, comme celle de l’ex 1er ministre grec Antonis Samaras, attaché à une conception ultra nationaliste stérile, ou celle de l’archevêque d’Athènes qui a exprimé une opinion stéréotypée et inattendue de sa part envers la religion musulmane.
De même, sur la rive opposée de la mer Égée, les paroles et les actes doivent s’apaiser, en commençant par le respect du monument Sainte Sophie, mais aussi par l’abstention des discours parfois violents émanant récemment des dirigeants du gouvernement turc au plus haut niveau. Enfin, il va de soi que chaque partie doit abandonner les différents jeux diplomatiques, avec des alliances occasionnelles notamment pour la délimitation des zones économiques exclusives.

Sous prétexte de recherches d’hydrocarbures, le gouvernement turc a provoqué de nouvelles tensions ces derniers mois en Méditerranée de l’Est, conduisant une nouvelle fois la Grèce vers une politique de réarmement qui lui coûte des milliards d’euros, satisfaisant ainsi certains de ses alliés.

Qu’attendre de la reprise du dialogue ?

A partir de ce processus, des efforts doivent être faits pour construire une base solide entre les deux pays voisins pour résoudre les problèmes par la coopération et le développement de relations amicales et d’échanges entre eux et leurs populations.

La soi-disant valorisation des hydrocarbures n’est qu’un prétexte puisque depuis la COP 21 de Paris, plus aucune autre exploitation d’hydrocarbures ne peut être envisagée, au contraire, il faut abandonner progressivement et rapidement celles existantes. La recherche de gaz fossiles n’est qu’un alibi, un instrument politique poussé peut-être aussi pour sauvegarder la valeur boursière de certaines compagnies pétrolières internationales.

Au contraire, le domaine des énergies qui est actuellement un point conflictuel majeur pourrait être appréhendé comme un nouveau champ de coopération gréco-turque pour le développement de sources d’énergie renouvelables (SER) avec les technologies et l’organisation des sociétés qu’elles nécessitent, créant un environnement d’innovations privilégié pour les deux pays. À cette fin, ce processus pourrait être une « co-exploitation symbolique » complètement détachée des enjeux de souveraineté territoriale, avec des bénéfices significatifs à plusieurs niveaux et un apport à la formation d’un esprit de coopération entre les deux peuples, contribuant à la perspective du retour de la Turquie à un processus d’adhésion européen.
La coopération dans le secteur des SER pourrait être étendue à d’autres secteurs, ainsi qu’à la mise en place d’un programme spécial méditerranéen-gréco-turc type Erasmus, qui pourrait contribuer à une coexistence progressive et bénéfique en Méditerranée orientale.

Il existe plusieurs possibilités pour la reprise d’actions concrètes afin de mettre en place un processus de paix puisqu’il existe des antécédents historiques dans plusieurs domaines: l’art (lorsque Mikis Théodorakis et Livaneli chantaient pour la paix gréco-turque), les relations de coopération des collectivités territoriales avec la vague de jumelages de villes et de villages, sans oublier les échanges commerciaux intenses et les actions humanitaires respectives dans plusieurs cas de catastrophes naturelles, même très récemment.
Il va bien sûr de soi que toute tentative de régler les différents doit être intégrée dans un contexte plus large et un projet de paix concernant toute la région, ou la solution équitable de la question chypriote sera privilégiée, ainsi que les autres conflits de la région, comme la question palestinienne et kurde, et d’autres qui dépassent, peut-être, les simples limites du Moyen Orient. Les relations gréco-turques pourraient donc être l’occasion et éventuellement le modèle, pour une résolution générale des problèmes dans toute la région avec les garanties européennes nécessaires.

Ne nous faisons pas d’illusion, nous savons très bien que les intérêts géopolitiques très souvent priment sur les valeurs et aux intérêts idéologiques, mais lorsque se tissent des relations d’intérêts réciproques entre les intéressés, tout devient possible. A l’expression bien connue «si tu veux la paix prépare la guerre», nous opposons avec conviction «Si tu ne veux pas la guerre, travaille et coopère quotidiennement pour la paix ».

* Nikos Poutsiakas est sociologue, membre du conseil consultatif de la Fondation de l’Assemblée des citoyens de la Méditerranée.

P.S. Le présent article a était écrit à l’occasion du 62eme tour des discussions entre la Grèce et la Turquie et fait aussi partie du dialogue au sein de la FACM et fait suite à l’article «Is There a Still Way Forward to Cooperation in the Eastern Mediterranean?» du membre du C.C. de la FACM Aylin Ünver Noi.
L’objectif de mon article n’étant pas de prouver et démontrer qui a tort ou raison au sein d’un conflit, mais plutôt de réfléchir sur les moyens de faire face aux conflits en privilégiant la raison de la coexistence et de la paix.

Parvenir à un résultat positif dans un processus de paix exige de la retenue et des compromis de toutes les parties concernées. C’est pourquoi nous ne pouvons que nous réjouir de la récente reprise des discussions entre la Grèce et la Turquie, dont les rapports s’étaient considérablement dégradés, suite à une période de tensions relativement longue et inquiétante, avec des incursions répétées de la flotte turque dans la mer Egée et en retour des Grecs qui exigeaient des sanctions de la part de l’Europe.

Dans ce contexte, il est nécessaire d’isoler les voix extrémistes, comme celle de l’ex 1er ministre grec Antonis Samaras, attaché à une conception ultra nationaliste stérile, ou celle de l’archevêque d’Athènes qui a exprimé une opinion stéréotypée et inattendue de sa part envers la religion musulmane.

De même, sur la rive opposée de la mer Égée, les paroles et les actes doivent s’apaiser, en commençant par le respect du monument Sainte Sophie, mais aussi par l’abstention des discours parfois violents émanant récemment des dirigeants du gouvernement turc au plus haut niveau. Enfin, il va de soi que chaque partie doit abandonner les différents jeux diplomatiques, avec des alliances occasionnelles notamment pour la délimitation des zones économiques exclusives.

Sous prétexte de recherches d’hydrocarbures, le gouvernement turc a provoqué de nouvelles tensions ces derniers mois en Méditerranée de l’Est, conduisant une nouvelle fois la Grèce vers une politique de réarmement qui lui coûte des milliards d’euros, satisfaisant ainsi certains de ses alliés.

Qu’attendre de la reprise du dialogue ?

A partir de ce processus, des efforts doivent être faits pour construire une base solide entre les deux pays voisins pour résoudre les problèmes par la coopération et le développement de relations amicales et d’échanges entre eux et leurs populations.

La soi-disant valorisation des hydrocarbures n’est qu’un prétexte puisque depuis la COP 21 de Paris, plus aucune autre exploitation d’hydrocarbures ne peut être envisagée, au contraire, il faut abandonner progressivement et rapidement celles existantes. La recherche de gaz fossiles n’est qu’un alibi, un instrument politique poussé peut-être aussi pour sauvegarder la valeur boursière de certaines compagnies pétrolières internationales.

Au contraire, le domaine des énergies qui est actuellement un point conflictuel majeur pourrait être appréhendé comme un nouveau champ de coopération gréco-turque pour le développement de sources d’énergie renouvelables (SER) avec les technologies et l’organisation des sociétés qu’elles nécessitent, créant un environnement d’innovations privilégié pour les deux pays. À cette fin, ce processus pourrait être une « co-exploitation symbolique » complètement détachée des enjeux de souveraineté territoriale, avec des bénéfices significatifs à plusieurs niveaux et un apport à la formation d’un esprit de coopération entre les deux peuples, contribuant à la perspective du retour de la Turquie à un processus d’adhésion européen.

La coopération dans le secteur des SER pourrait être étendue à d’autres secteurs, ainsi qu’à la mise en place d’un programme spécial méditerranéen-gréco-turc type Erasmus, qui pourrait contribuer à une coexistence progressive et bénéfique en Méditerranée orientale.

Il existe plusieurs possibilités pour la reprise d’actions concrètes afin de mettre en place un processus de paix puisqu’il existe des antécédents historiques dans plusieurs domaines: l’art (lorsque Mikis Théodorakis et Livaneli chantaient pour la paix gréco-turque), les relations de coopération des collectivités territoriales avec la vague de jumelages de villes et de villages, sans oublier les échanges commerciaux intenses et les actions humanitaires respectives dans plusieurs cas de catastrophes naturelles, même très récemment.

Il va bien sûr de soi que toute tentative de régler les différents doit être intégrée dans un contexte plus large et un projet de paix concernant toute la région, ou la solution équitable de la question chypriote sera privilégiée, ainsi que les autres conflits de la région, comme la question palestinienne et kurde, et d’autres qui dépassent, peut-être, les simples limites du Moyen Orient. Les relations gréco-turques pourraient donc être l’occasion et éventuellement le modèle, pour une résolution générale des problèmes dans toute la région avec les garanties européennes nécessaires.

Ne nous faisons pas d’illusion, nous savons très bien que les intérêts géopolitiques très souvent priment sur les valeurs et aux intérêts idéologiques, mais lorsque se tissent des relations d’intérêts réciproques entre les intéressés, tout devient possible. A l’expression bien connue «si tu veux la paix prépare la guerre», nous opposons avec conviction  «Si tu ne veux pas la guerre, travaille et coopère quotidiennement pour la paix ».

 

* Nikos Poutsiakas est sociologue, membre du conseil consultatif de la Fondation de l’Assemblée des citoyens de la Méditerranée.

P.S. Le présent article a était écrit à l’occasion du 62eme tour des discussions entre la Grèce et la Turquie et fait aussi partie du dialogue au sein de la FACM et fait suite à l’article «Is There a Still Way Forward to Cooperation in the Eastern Mediterranean?» du membre du C.C. de la FACM Aylin Ünver Noi. L’objectif de mon article n’étant  pas de prouver et démontrer qui a tort ou raison au sein d’un conflit, mais plutôt de réfléchir sur les moyens de faire face aux conflits en privilégiant la raison de la coexistence et de la paix.