STATE OF TENSIONS ON THE EDGE OF THE MEDITERRANEAN: FROM THE QUEST FOR UNITY TO THE RISK OF EXPLOSION

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“Sufficient dynamic citizen action must be instilled to compensate for the shortcomings in many areas that concern the peoples of the Mediterranean. »

MCAF. February 2022.

For millennia, the Mediterranean has always conveyed the worst and the best. Throughout its history, like water, it has always been both a source of life and a source of death. Making this geostrategic space unique in the world, by its history, its contribution to civilization and its prospects for the future, a territory of peace, cooperation and progress, is anything but a long calm river.

From the cultural and political heritage that has conquered the world, to the endless wars between historical Empires known around the world, the Mediterranean of the future will face new major challenges in the years to come. The political and institutional will to unite the peoples of the Mediterranean, particularly from the Barcelona process in 1995 to the UPM in 2008, has shown that the project and the will of the States is not enough. It is also necessary to instil sufficient dynamic civic action to compensate for state shortcomings in many areas that concern the peoples of the Mediterranean. Subject to being directly impacted by repeated global crises, the Mediterranean recovers each time, but not without difficulty.

The countries that border it are not only regularly confronted with internal crises but with crises that go beyond the simple geographical and political framework of the latter. These cross-border crises are just as difficult for States to resolve. From Spain to France, via Italy, the Balkans, Greece, Turkey, Lebanon, Israel-Palestine, Egypt, Libya, Algeria, Tunisia, Morocco, each country suffers as much from its own internal turpitude as from the consequences of external crises. This is an opportunity to take an overview of all these Mediterranean coastal countries which must respond for citizens to its growing problems, but which together can be a source of proposals and action for get out permanently. The Mediterranean must be this example for the world, of a complex ecosystem able to meet the expectations of its inhabitants by facing the multiplicity of challenges present in the 21st century: climatic, food, energy, migration, economic, social and political. , aggravated by inequalities.

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« Il faut insuffler une action citoyenne dynamique suffisante pour compenser les failles dans de nombreux domaines qui concernent les peuples de la Méditerranée. »

 

FACM. Février 2022.

 

Depuis des millénaires, la Méditerranée a toujours véhiculé le pire et le meilleur. Au long de son histoire, comme l’est l’eau, elle a toujours été à la fois source de vie mais aussi source de mort. Faire de cet espace géostratégique unique au monde, par son histoire, son apport à la civilisation et ses perspectives pour le futur, un territoire de paix, coopération et progrès, est tout sauf un long fleuve tranquille.

De l’héritage culturel et politique qui a conquis le monde, aux guerres sans fin entre Empires historiques connus du monde entier, la Méditerranée du futur va traverser dans les années à venir de nouveaux défis majeurs. La volonté politique et institutionnelle d’unir les peuples de Méditerranée, notamment depuis le processus de Barcelone en 1995 jusqu’à l’UPM en 2008, a montré que le projet et la volonté des Etats ne suffisait pas. Il faut aussi insuffler une action citoyenne dynamique suffisante pour compenser les failles étatiques dans de nombreux domaines qui concernent les peuples de la Méditerranée. Sujette à être directement impactée par les crises mondiales à répétition, la Méditerranée se relève à chaque fois mais pas sans mal.

Les pays qui la bordent sont non seulement régulièrement confrontés à des crises internes qu’à des crises qui dépassent le simple cadre géographique et politique de celle-ci. Ces crises transfrontalières sont tout aussi difficiles à résoudre pour les Etats. De l’Espagne à la France, en passant par l’Italie, les Balkans, la Grèce, la Turquie, le Liban, Israël-Palestine, l’Egypte, la Libye, l’Algérie, la Tunisie, le Maroc, chaque pays subit autant ses propres turpitudes internes que les conséquences de crises externes. C’est l’occasion de faire un tour d’horizon de l’ensemble de ces pays côtiers de la Méditerranée qui doivent répondre pour les citoyens à ses problèmes qui se multiplient, mais qui peuvent ensemble être force de proposition et d’action pour en sortir durablement. La Méditerranée doit être cet exemple pour le monde, d’un écosystème complexe à même de répondre aux attentes de ses habitants en faisant face à la multiplicité des défis présents au XXIe siècle : climatiques, alimentaires, énergétiques, migratoires, économiques, sociaux et politiques, aggravés par les inégalités.

 

LA PANDÉMIE DU COVID -19

En attendant, une grande partie des pays concernés sont confronté encore au virus, à la gestion hasardeuse du politique, et à une défiance croissance à l’égard de la science comme une montée des courants antivax au Nord de la Méditerranée. Le Sud se caractérise par un véritable déficit pendant longtemps, non seulement de stocks et de vaccins, et accuse encore un véritable retard en matière de parcours vaccinal. Les deux ans passés à gérer la crise n’ont fait que retarder la résolution globale de chacun des problèmes structurels et conjoncturels majeurs auxquels les différents pays du bassin méditerranéen font face. Tout comme les conséquences du réchauffement climatique, du terrorisme, et de la crise économique qui perdure partout en Méditerranée. La libération des brevets sur les vaccins est une demande des peuples pour faire face efficacement à la pandémie.

 

LA DEUXIÈME CEINTURE

L’instabilité globale que connaît la Méditerranée entraîne des répercussions directes sur ses marges. Une forme de deuxième ceinture de tensions. En effet, de multiples conflits s’agitent tout autour de celle-ci, impliquant un nombre croissant de puissances régionales et mondiales. La guerre au Sahel, celles du Moyen-Orient, les tensions entre la Russie et les Etats-Unis en Ukraine, la guerre au Yémen, la fin de la guerre en Afghanistan, les tensions avec l’Iran et ses zones d’influence dans la région et les crises à répétition dans le Golfe sont autant de facteurs déstabilisants supplémentaires pour la Méditerranée. En plus, toute la région est traversée par des inégalités économiques et sociales croissants aggravés par les conséquences de la pandémie.

Dans l’espace géopolitique de la Méditerranée, une grande partie de l’affrontement entre les pouvoirs traditionnels et les nouveaux se joue. La Russie, l’Union européenne, les États-Unis d’Amérique et la Chine sont les principaux acteurs qui influencent l’avenir de la paix et de la coopération dans la région.

 

ESPAGNE

L’Espagne a été touchée de plein fouet par la crise mondiale de 2008 et a peiné à s’en remettre. Cette crise économique, qui avait été déclenchée par une bulle immobilière qui avait fragilisé tout le secteur financier et bancaire, a entrainé une politique d’austérité de la part de l’Etat alors que près de 3 millions d’Espagnols s’étaient retrouvés du jour au lendemain au chômage.

L’apparition de nouveaux partis politiques « rupturistes » à droite et à gauche du système institutionnel construit après la dictature du général Franco a introduit, d’une part, des facteurs d’involution démocratique et, d’autre part, des éléments de transformation progressive de la société.

Cette crise économique, sociale et politique, s’est doublée par une crise institutionnelle alors qu’en pleine crise du coronavirus, les Espagnols se réveillaient un matin d’août 2020 pour découvrir que l’ancien roi Juan Carlos Iᵉʳ avait quitté le pays à la suite d’une enquête judiciaire en Suisse pour blanchiment d’argent et d’une enquête en cours pour fraude fiscale.

Au-delà de la crise de la Monarchie, la persistance des fortes revendications nationalistes en Catalogne et au Pays basque, complexifie le jeu politique. Il y a aussi de nombreux défis pour le gouvernement espagnol actuel – une coalition du Parti Socialiste avec Unidas Podemos-, car l’Espagne a été l’un des pays les plus touchés au monde par la récession depuis le début de la pandémie avec un recul de 11% de son PIB en 2020.

 

FRANCE

La France vit en 2022 une année importante avec son rendez-vous politique le plus important, à savoir l’élection présidentielle. Après cinq années difficiles, la crise durable des Gilets jaunes, les nombreux mouvements sociaux revendicatifs, la gestion de la crise de la Covid-19, l’actuel locataire de l’Elysée se présentera de toute évidence dans un contexte de radicalisation politique accrue. Alors que la gauche traditionnel, éparpillée, a quasiment disparu des enquêtes électorales. La droite s’enracine, et en particulier l’extrême-droite. La candidature extrémiste de l’ancien journaliste Éric Zemmour tance celle de Marine le Pen et pose le débat électoral autour de thèmes chers à l’extrême-droite : l’islam, l’immigration, l’interculturalité etc. La droite et l’extrême droite se disputent le tableau électoral et l’alternative éco socialiste du mouvement des insoumis grandi petit à petit.

 

ITALIE

L’Italie n’a pas échappé depuis des années à la montée de l’extrême-droite. Pourtant, deux faits majeurs sont rassurants pour la démocratie tout de même. Certes en 2019, le pays était entré dans une zone de turbulence qui servit les intérêts des deux partis politiques radicaux. Mais les deux alliés de circonstance vont par la suite se diviser, le Mouvement 5 étoiles rejoignant le Parti démocrate, et la Ligue basculant dans l’opposition. Matteo Salvini est écarté et ne constitue plus un danger en soi pour l’Italie pour le moment. Crise après crise.

Mais en 2020, à l’issue d’élections régionales défavorables, Mario Draghi, l’ancien président de la Banque Centrale européenne, devient premier ministre et rassure l’Europe. Le système complexe du pouvoir italien n’a pas réussi à trouver un nouveau président de la République en 2021, obligeant Sergio Mattarella à rester en fonction, contre son gré.

 

GRÈCE

La Grèce a payé un lourd tribut ces dernières années avec sa crise de la dette en 2008 qui faillit emporter toute la zone euro. En Grèce des politiques d’austérité multiples et fortes ont été appliquées pour se maintenir dans la zone euro, et faire face à la montée inquiétante de courants extrémistes et fascisants comme le parti néonazi Aube Dorée, enfin interdit. En août 2021, après de longues tractations, les ministres des Finances de la zone euro se sont entendus pour mettre fin à huit années de crise en Grèce. Ainsi, ils se sont mis d’accord sur les conditions de sortie d’Athènes de la tutelle de ses créanciers (non seulement de la zone euro mais aussi du Fond Monétaire International) et sur un dernier allègement important de la dette grecque. Désormais maître de nouveau de sa souveraineté, le pays, qui aura reçu quelque 300 milliards d’euros de prêts en échange d’un plan d’austérité, peut de nouveau se financer seul sur les marchés.

 

CROATIE

La Croatie ressemble de plus en plus à un désert malgré un fort pouvoir d’attractivité touristique. L’intégration européenne en 2013 n’a pas freiné le départ de milliers de Croates du pays qui peine à compenser par sa démographie. Fortement impactée par la crise économique persistante, le pays voit de plus en plus de jeunes quitter le pays vers l’Allemagne ou l’Autriche. Misant beaucoup sur le tourisme, tout est tombé à l’arrêt avec la pandémie. Le pays a conscience qu’il va falloir à l’avenir concilier son tourisme de masse et la protection de l’environnement, d’autant que la Croatie a été sujette à de nombreux tremblements de terre ces dernières années qui ne font rien pour améliorer la situation. Depuis 2014, la Croatie est entrée dans une dangereuse spirale de courants réactionnaires qui ne sont pas camouflés par les couleurs des partis au pouvoir. Les alliances avec les figures de l’autoritarisme, tels que le hongrois Orban ou le slovène, Janez Jansa l’amènent à se consolider au sein d’un axe dangereux de négationnisme des valeurs européennes.

 

BOSNIE HERZÉGOVINE

Quant à la Bosnie Herzégovine, elle reste une poudrière des appétits nationalistes entre Serbes et Croates notamment. Sarajevo est redevenu un havre de paix, après des années de guerre, mais il n’est pas à exclure de nouvelles tensions. Mais il ne faudrait pas penser que la situation bosnienne est un cas isolé.

Dans les Balkans, les analystes pointent que la cible des courants réactionnaires, sont les démocraties multi-ethniques fragiles, telles que la Bosnie-Herzégovine, le Monténégro, la Macédoine du Nord et dans une certaine mesure le Kosovo.

 

CHYPRE

Depuis la crise économique et financière violente de 2012, Chypre n’est pas sortie d’affaires. La crise a perduré jusqu’à la pandémie survenue en 2019. L’île divisée entre les influences grecques et turques, traverse encore de nombreux défis, que ce soit concernant sa situation politique, sa situation économique, mais également la crise migratoire tout comme les scandales de corruption qui se multiplient. La crise sanitaire a ravivé les tensions entre Nicosie et Ankara, au détriment des habitants, d’autant que les élections législatives de fin janvier 2022 à Chypre-Nord pouvaient laisser apparaître un espoir d’un nouveau gouvernement et d’une relance du processus économique et politique.

De plus, la découverte de gisements énergétiques sous-marins près des côtes de la Grèce, de la Turquie, d’Israël et de Chypre accroît la tension dans les relations entre ces pays et donc à l’intérieur de Chypre.

TURQUIE

La Turquie d’Erdogan aujourd’hui, face à l’impossibilité d’entrer dans l’UE et après le coup d’État militaire manqué de 2016, tente d’être une puissance influente dans la région. Sa présence en Libye, en Syrie, à Chypre et en Azerbaïdjan inquiète ses ennemis, sunnites, saoudiens et émiratis en tête. Il faudra suivre de près l’évolution de ce que certains appellent encore le “pan-ottomanisme” d’Erdogan pour faire de la Turquie le phare géopolitique du Moyen-Orient.

LIBAN

Le Liban est au bord du gouffre étant un des pays les plus sujets à la déstabilisation économique au monde depuis sa création. Les millions de réfugiés à sa charge, et celle des Nations-Unies pour les camps, à commencer par les Palestiniens de 1948, de 1967, les Irakiens en 2003, et enfin les Syriens depuis le début de la guerre en 2011 n’ont fait qu’aggraver la situation.

La corruption a fait s’effondrer le pays par-dessus tout. L’explosion au port de Beyrouth en 2020 a mis en scène la calamiteuse gestion des affaires publiques par les gouvernements successifs depuis des années.

Le système économique du Liban est, par essence, non-productif car fondé sur une balance des paiements en déficit systémique et un déficit budgétaire chronique. Alors que l’État libanais est aujourd’hui en faillite, les banques, elles, ont fait pendant 30 ans des profits pharaoniques et leurs actionnaires, des dividendes gargantuesques.

Pendant ce temps, les libanais qui doivent se priver d’électricité une partie de la journée, se manifestent sur fond d’un terrain communautaire, identitaire, polarisé, déjà explosif. Le contexte régional aux frontières reste tendu, que ce soit avec Israël au Sud ou du côté syrien.

 

ISRAËL/PALESTINE

Entre Israël et la Palestine, le statu quo est bien politique mais pas la situation sur le terrain. Le départ final de Benjamin Netanyahou en 2021, accusé de corruption, a tourné une page, comme celui de Donald Trump à la tête de la Maison Blanche. Naftali Bennett, le nouveau premier Ministre et tente de modérer les choses depuis plusieurs mois, en pleine pandémie.

Côté palestinien la situation économique et politique des Gazaouis est désastreuse. En Palestine rien n’avance. Il n’y a plus de négociations de paix depuis des années. Les accords d’Abraham scellant l’alliance entre Israël et plusieurs pays arabes, la désignation par Trump de Jérusalem comme capitale de l’Etat d’Israël n’ont fait que compliquer la situation. Pour Israël, la situation est confortable alors que la colonisation des territoires se poursuit comme à Jérusalem-Est et la menace palestinienne est reléguée bien derrière celle de l’Iran notamment.

 

SYRIE

En Syrie, après dix années tragiques de guerre, Bachar Al Assad a repris le contrôle de plus des ¾ de son pays, avec le soutien actif de la Russie. Daech est en partie éradiqué malgré des attentats qui surgissent toujours, et une situation humaine dramatique pour les camps de réfugiés comme pour ceux où sont détenus les combattants et leurs familles. Des villes restent détruites comme Alep et le patrimoine historique de la ville est perdu à tout jamais.

De plus en plus de pays appellent à reconnaître le régime de Damas et rouvrir les ambassades, comme l’ont fait les Émirats arabes unis, profitant de l’aubaine économique de la reconstruction. Car le pays est dévasté et représente un chantier immense d’opportunités économiques. En attendant, les Syriens qui se trouvent de l’autre côté du spectre ont perdu leur pays, leur famille, leurs maisons, et vivent éclatés un peu partout dans le monde, quand ils ont la chance de ne pas avoir été tués sur place et d’avoir pu fuir.

 

EGYPTE

En 2011, l’Egypte a été, après la Tunisie, le second pays à avoir renversé son dictateur, Hosni Mubarak, au pouvoir pendant 29 ans. Le résultat du premier scrutin libre en 2012 vit la victoire des frères musulmans, ils ont élu Mohamed Morsi comme président et ont approuvé une nouvelle Constitution. Le coup d’Etat dirigée par le maréchal Al Sissi, renversera le présidente Morsi en juillet 2013, imposant une dictature militaire jusqu’au aujourd’hui. Avec l’effondrement du tourisme et de l’économie plus la pandémie, on observe une Egypte en difficulté économique sous assistance des pays voisins de l’axe israélo-émirati. Un « axe de stabilité » autoritaire pour le Moyen-Orient qui a fait le choix de l’armée contre les peuples. Au Caire, la population est muselée, les Frères musulmans éradiqués, et la démocratie s’éloigne chaque jour un peu plus.

 

LYBIE

Le conflit libyen, avec celui au Yémen et en Syrie, a été un des plus violents des « Printemps arabes ». Dix ans après j’intervention occidentale et le renversement du leader Mouammar Kadhafi, le pays est toujours dans l’instabilité politique la plus totale après avoir connu une terrible guerre civile qui a fait plus de 30 000 morts.

Du chaos, le maréchal Haftar, chef d’un gouvernement autoproclamé sur la Cyrénaïque, s’est frotté pendant plusieurs années à l’autre gouvernement, celui officiel et reconnu par les Nations unies, celui de Fayez al Sarraj à Tripoli. La guerre civile libyenne a conduit à une bataille terrible sur le terrain entre les forces gouvernementales et l’armée du maréchal Haftar se rapprochant de Tripoli jusqu’en 2020 avant d’échouer. Un accord de cessez-le-feu national et permanent en novembre 2020 a conduit à la détermination d’un calendrier pour l’organisation d’élections qui devaient se tenir le 24 décembre 2021 mais ont été repoussées sine die. Par conséquent, la Libye revient maintenant à la même situation schizophrène d’avoir deux autorités parallèles, une à Tripoli et une à Tobrouk.

 

TUNISIE

C’est le 4 janvier 2011 l’immolation et la mort de Mohamed Bouazizi, vendeur à la sauvette brimé par la police dans un sud tunisien défavorisé, qui met le feu aux poudres. Une partie du pays se soulève alors contre le clan du président Zine el-Abidine Ben Ali et de sa femme Leila Trabelsi accusée de piller les richesses de la nation. La dictature de Ben Ali prend fin le 14 janvier 2011 et se met en place un processus long de transition politique qui débouchera sur une nouvelle constitution.

Les dix années qui suivent 2011 vont voir le paysage politique se diversifier, et la place du parti islamiste Ennahda prendre de plus en plus d’importance. La démocratie s’apprend et avance. Pour autant, crise politique après crise politique, la situation se détériore en Tunisie et les premiers ministres se succèdent sans parvenir à résoudre les problèmes quotidiens des Tunisiens. Et, le 25 juillet 2021, le président Kaïs Saïed annonce qu’il assumera désormais tous les pouvoirs exécutifs du pays, et suspend les activités du Parlement. Il annonce également la levée de l’immunité des parlementaires, prend le contrôle du Parquet général et début février 2022 dissout le Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire (CSM). Ce coup de force met un arrêt à dix ans de réforme institutionnelle dans le pays, et le président devient une sorte de “dictateur institutionnel” d’un nouveau type qui concentre désormais tous les pouvoirs jusqu’aux prochaines élections à venir, prévues … seulement fin 2022.

 

ALGÉRIE

L’Algérie, depuis la décennie noire de 1992 à 2001, n’en finit pas de piétiner. Ayant échappé aux « Printemps arabes », par peur d’une nouvelle guerre civile et par la redistribution habile gouvernementale de la rente pétrolière (tant qu’elle existait), les Algériens ont toutefois finalement décidé de se soulever contre le pouvoir d’Abdelaziz Bouteflika, qui allait briguer un cinquième mandat. En 2019, le mouvement « Hirak » est né pour protester contre l’impasse dans laquelle se trouvait l’Algérie. Des millions de manifestants sont descendus pendant des mois dans les rues jusqu’à obtenir le départ de Bouteflika, et demander des élections libres et ouvertes. C’est finalement un homme du système qui a été élu : Abdelmadjid Tebboune, ancien premier Ministre.

La question du Sahara Occidental au fond, rendant de plus en plus probable ces derniers mois les risques d’une guerre, qui ne servirait aucun des deux pays et encore moins la région. Avec la question du Sahara Occidental en toile de fond, les tensions entre l’Algérie et le Maroc n’ont cessé de croître ces derniers temps, atteignant la fermeture du gazoduc qui, de l’Algérie, à travers le Maroc, atteint l’Espagne.

 

MAROC

Dernier pays à être gouverné post Printemps arabes par les islamistes, le Maroc, avec l’accord et la conciliation du Roi Mohamed VI, a laissé l’espoir suscité par le Parti Justice et Développement se tarir, pour assister à leur élimination du jeu politique en 2021 et la désignation de l’homme d’affaires Aziz Akhannouch, issu du Rassemblement National des Indépendants victorieux du scrutin. Le nouvel homme fort du royaume est à la tête d’une fortune personnelle de 2 milliards de dollars. Il y a encore beaucoup à faire pour permettre aux Marocains de sortir de la crise économique, de la pandémie, de l’illettrisme aussi et du chômage pour beaucoup de jeunes.

Le Maroc a réintégré l’Union Africaine, dont il était sorti lorsqu’il a reconnu la République Arabe Sahraouie Démocratique (RASD). De son côté, le président Trump a reconnu la souveraineté marocaine sur les territoires du Sahara occidental au cours des derniers mois de son mandat. Dans le même temps, Israël et le Maroc ont ouvert des ambassades à Rabat et à Washington.

Le processus inachevé de décolonisation du Sahara Occidental et les fortes tensions territoriales dans le Rif constituent un grand problème pour la stabilité du royaume du Maroc. En effet, au sud, le cessez-le-feu entre le Maroc et la RASD est rompu et le Front Polisario a ouvert les hostilités armées. Au nord la répression est imposée.

 

FACM. Février 2022

 

ANNEXE: 

DÉCLARATION DE LA FONDATION ACM SUR LA SITUATION EN UKRAINE

La Fondation de l’Assemblée des Citoyens et Citoyennes de la Méditerranée (FACM), présente dans vingt pays et vingt-neuf villes méditerranéennes, aspire à la paix, à la justice, à la liberté, à la dignité et à la prospérité pour tous les peuples, indépendamment de leurs idées, de leurs convictions religieuses, de leur appartenance ethnique, de leur langue et/ou de leur statut social.

En ce début d’année 2022, le déclenchement d’un nouveau conflit entre l’Ukraine, les républiques de Donetsk et de Lougansk et la Fédération de Russie constitue une menace pour la paix et la coexistence des peuples d’Europe, de l’Atlantique à l’Oural, et, bien sûr, pour la Méditerranée. La poursuite des conflits non résolus dans les Balkans et au Moyen-Orient laisse présager les pires scénarios pour la coexistence économique, sociale et politique de nos peuples. Les mouvements de migration qui prévalent depuis des années, l’évidente création d’un mouvement encore plus important de déplacés et de réfugiés suite à ces évènements, avec les morts et dévastations qui s’ensuivent, sont des phénomènes malheureusement d’ores et déjà engagés, alors qu’ils auraient pu être évités.

L’interférence d’acteurs extérieurs à la région, et le rôle auquel aspire l’OTAN, seule alliance militaire ayant survécu à la fin de la Guerre froide, sont des faits qui ne contribuent pas à atténuer les effets d’un conflit dont la traduction militaire est maintenant poussée à son paroxysme.

Contrairement à ce qui a pu être avancé pendant longtemps, l’extension et/ou l’expansion accélérée de l’UE et de l’OTAN vers l’Est le long de ces trente dernières années ne se sont pas traduites par un renforcement de la démocratie chez les nouveaux partenaires. En parallèle, ces mouvements ont été perçus comme une menace par la Russie, dont l’inquiétude a augmenté de manière proportionnelle au rapprochement de l’UE et/ou de l’OTAN de ses frontières.

Devant ces dramatiques évolutions, et forte de son attachement à un monde dans lequel la force de la raison l’emporte sur le dialogue des armes, la Fondation ACM appelle à une cessation immédiate des hostilités et à une résolution pacifique du conflit en cours autour de l’Ukraine. Elle demande aux institutions internationales, et en particulier à l’Union européenne, de se garder de toutes représailles militaires qui pourraient en venir à affecter plus avant la paix, la liberté, la coexistence et la prospérité de tous les peuples des deux côtés des frontières en conflit. Elle demande, en contrepartie, à l’Union européenne et à ses membres les plus influents, de déployer tous les outils en leur possession afin de créer les conditions d’un dialogue et d’un consensus basés sur la raison, la paix et le bien des peuples.

En tout état de cause, en tant que Citoyennes et Citoyens de la Méditerranée, nous opposons un NON CATÉGORIQUE À LA GUERRE !

LA PAIX EST LA SEULE VOIE.

25 février 2022